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Version #01 :: Ambrelune, la Cité Souterraine


 

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 Il faut être un démon.

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Belzébuth

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MessageSujet: Il faut être un démon.   Mer 16 Jan - 1:24

L'empereur laissa son petit chat littéralement infernal sauter sur son pied, l'attaquant comme s'il s'agissait là d'une proie immobile et froide, faisant preuve d'une non-réflexivité proprement pathétique pour un être de son rang. Son esprit s'était trop perdu, échappé vers un solipsisme dangereux et intentionnel, car désiré et assumé. Il se pencha vers la faible créature dont la force pitoyable se limitait à de légères morsures auxquelles il resta insensible, toisant la bête sans dédain, mais sans plus d'amour. Il n'était tout simplement pas là. Ses yeux morts et froids baissés vers la fourrure soyeuse de l'animal, comme en transe, il laissa sortir de sa gorge un sifflement significatif qui eut pour effet l'arrêt de la torture indolore que lui infligeait sans complexe le chétif Sabathan, qui fila rapidement se coucher sur un coussin, se faisant imperceptible, par pur instinct de survie. De nouveau, Belzébuth plongea son regard dans les couleurs de son ciel. La même vision que le jour de sa naissance. Inaltérée. Apparemment immobile et intangible. Un rouge sang profond, teinté d'orangé, de noir profond. Un ciel tout droit sorti d'une œuvre d'Edvard Munch, dont la beauté, simulacre illusoire de ce que pouvait être son monde, cachait la réalité horrible qui le faisait rire autrefois. Mais même intérieurement, son âme noircie rongée par la haine de tout ce qui vit s'était érodée, et le peu d'émotions qu'il avait su apprendre s'étaient trouvées anéanties, le laissant plus vide encore qu'auparavant.

Puis, son regard s'imprégna d'une consternation légitime, alors qu'il abaissait ses pupilles écarlates jusqu'à l'enceinte de son palais. D'ici, son petit glacis personnel prenait des formes de royaume silencieux, fontanelle ouverte et corrosive d'un sol pourri et desséché, au centre d'un Enfer dont la chair était celle des morts et des damnés. Les jardins, immenses étendues verdoyantes et nocives, où les plantes inodores dégageaient des poisons semblables à ceux qui vous foudroient sur Terre lorsqu'on les inhale trop longtemps, siégeaient aux côté de la chapelle millénaire, où plus personne ne se recueillait, tel un monument inutile et oublié, oblitéré par l'athéisme croissant des générations jeunes qui occultaient peu à peu, sans même y penser, le prestige infini qui aurait dû être pour elles un cadeau éternel. Mais rien de ceci ne déclenchait la moindre nostalgie dans le cœur écrasé par sa condition au seigneur. Toisant, impassible, ce qui lui appartenait, il n'éprouvait rien. La musique qui résonnait dans son dos comme un fantôme lui soufflant dans la nuque des paroles dérangées agissait sur son corps comme le massage d'une habile succube, détendant ses muscles et aidant son sang à circuler sans que ne palpite trop fortement son corps usé par sa propre force.

Ainsi, son aura assombrie par le bien-être inconscient, il n'aurait pas donné une obole de cette terre décharnée que tous ici se plaisaient à vénérer comme les moutons suivant le berger, hypnotisés par une psalmodie apprise par cœur, ensorcelés, trahis, morts vivants. Doucement, lentement, il effrita d'un doigt raffermi par l'assurance un petit morceau de la pierre qui composait les contours de sa fenêtre. Preuve flagrante que son désir de destruction lui échappait comme l'eau s'écoule d'un fleuve. A cet instant, ses pensées intimes, suite de Malbolge incompréhensible dérivant aux confins de son esprit, tendaient vers l'anéantissement total de la vie sous toutes ses formes, autant que faire se peut. Loin d'être rêveur, il songeait donc paisiblement au moyen le plus efficace d'éradiquer à peu près tout ce qui pouvait faire obstacle au chaos et à la mort, et par extension, au néant. Et les tumultes impatient de ses réflexions l'auraient presque rendu nerveux s'il n'avait pas eu tout son temps pour parvenir à ses fins. Alors, il se retourna, soupira, et s'approcha de son lit où l'attendait un chat à présent endormi, enfermé dans la cage de ses rêves, reniflant, à l'affût, pattes remuantes, vif comme un cadavre dont les nerfs restent encore réactifs après une mort fulgurante. Un délice pour les yeux.

Marchant ainsi jusqu'au tabernacle orné de symboles diaboliques qui trônait à la droite de son lit, il en ouvrit les portes afin de se saisir d'une bouteille d'un excellent vin introuvable ailleurs, délicieuse prérogative de laquelle il n'aurait su se détacher facilement, et se délecta du précieux breuvage en s'allongeant nonchalamment sur son lit, tête en arrière et jambes croisées, consciemment satisfait de sa position de démiurge sombre, assumant totalement son égo surdimensionné dans ce monde où l'orgueil prônait sur l'innocence et où les naïfs se faisaient dévorer par de vaniteux fanatiques. Mais le remugle de ce monde bestial à la logique implacable et impitoyable n'excitait plus l'empereur. Non. Décidément, rien n'était de taille, à même de faire s'emballer à nouveau son cœur. Caressant doucement le coussin rougeâtre cachant le coffret que lui avait apporté Samael un jour plus tôt, il dégusta toute entière sa bouteille, sans penser plus que ça à l'idiome de son monde, finalement aussi fatal qu'encourageant selon ses convictions. Empreint de cet optimiste béat, il se détendit et finit par s'endormir, attendant sereinement l'arrivée du membre du conseil qu'il avait convié à venir le voir d'ici une heure. Profitant sans complexes de sa prééminence malgré les ardeurs et les humeurs de ses sous fifres, il ne fit pas le pied de grue devant sa porte, et profita d'un sommeil non mérité, mais absolument indispensable. Et dans ses délectables rêves, il entrevit sa mère, d'une infinie beauté, trahissant la mort et le néant afin de profiter d'un moment d'intimité en compagnie de son fils adoré. Deux démons dansant sous une enveloppe catatonique, jusqu'à ce qu'elle le berce, abandonné, dans ses bras chauds et doux, brûlant d'amour et de perversité.

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