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Version #01 :: Ambrelune, la Cité Souterraine


 

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 L'autel ensanglanté {Eraremeth}

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Belzébuth

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MessageSujet: L'autel ensanglanté {Eraremeth}   Dim 23 Déc - 18:07

J'avance dans le palais, encore et toujours envahi par cet ennui mortel qui me poursuit jour après jour, année après année, siècle après siècle... Je me pose toujours autant de questions, bien que je sois millénaire et que je possède plus de réponses que quiconque ici. La comparaison n'est pas faisable entre eux et moi. Heureusement, je ne suis pas né vide. Premier Démon enfanté du vice, l'infernal m'habite. Je suis le mal incarné, avatar détestable et vénéré. Je comble le temps perdu dans les couloirs en m'amusant comme j'en ai pris l'habitude. Ainsi, personne ne me voit, même si les initiés peuvent sentir le souffle chaud reconnaissable tout près d'eux. J'ai besoin d'aller me recueillir un peu... Tous ces démons me désespérent. Qui peut se targuer d'être à ma hauteur, de toute façon. Les plans diaboliques qui hantent mon esprits se sont retranchés aux confins de ma tête, pour le moment. j'ai seulement besoin d'un peu de calme, pour réfléchir. Si je ne suis doué d'aucune faiblesse, en tant que moi-même, alors pourquoi le doute et l'ennui peuvent-ils me prendre à la gorge quand je n'y fais pas assez attention ? Sans parler du regard d'Azazel, fantôme de mes nuits que je ne parviens pas à saisir. J'ai besoin d'entendre ta voix, Père. Je viens à toi en toute humilité, tout puissant comme tu l'as voulu, à l'affut d'un chemin à emprunter vers des réponses incertaines.

Je traverse les allées et les jardins, je croise des âmes peureuses frissonant à mon approche, et des âmes fortes seulement troublées. Toutes ces vies m'importent tellement peu. Et je me retrouve finalement devant la chapelle, érigée de pierres grises ou noires. A ma vue, les portes s'ouvrent, silencieuses et gigantesques. Et d'un pas las et dur, je pénetre sans un regard pour l'architecture incroyable des lieux. Une magnifique salle rectangulaire me fait face, parsemée de bancs de bois sombre, au bout de laquelle un autel noirci par le sang se dresse comme une épine sur la tige d'une rose. Mes pas résonnent alors que derrière moi se referment les pans lourds et poussièreux. Mes yeux, à présent, sont empreints du respect que je dois à ceux qui m'ont mis au monde. Ici, ils peuvent me voir comme personne ne me voit. En ces lieux, ils peuvent tout entendre. Ils peuvent trancher ma chair pour y voir plus clair, éclater mon visage pour y trouver mes pensées, et souffler dans mon coup pour m'insuffler le réconfort dont leur chevalier noir a besoin, quand la foi s'éteint peu à peu. Je suis peut-être le seul à connaître le véritable sens de l'existence de cette chapelle. Et j'en suis fort aise.

Dans cette pièce grande et vide, où les yeux des Démons observent, j'avance. Cette ambiance m'encourage à me rappeller de tants de choses. Mes prières, mes défaites et mes nombreuses victoires. Le sang versé, les vies prises en leur honneur, les cris et les hurlements...Tant de choses si agréables, qui aujourd'hui ne me font plus sourire. Et c'est bien la raison pour laquelle je reviens. Je me fais vieux, et il sera bientôt temps, après dix mille années de service, de passer le flambeau à un démon qui aura la fougue que je n'ai plus. Je reconnais les choses, je ne les fuis pas. Je n'ai plus la rage qui m'a fait tuer tant d'anges. Je ne ris plus quand je tue. Je n'apprécie plus les tortures et les vices à leur juste valeur. Je suis même tombé amoureux, je crois. Amoureux d'Azazel, qui n'en saura peut-être jamais rien. Oui. Belzébuth n'est pas encore l'ombre de lui-même, loin de là. Mais il n'est plus le même. Et il veut comprendre. Je veux comprendre. Dix mille ans... Je ne les ai pas vu passer. Je soupire, dans un souffle rauque et puissant. Brûlant. Et mon chemin prend sa fin à l'avant dernier banc noir de la longue rangée que j'ai parcouru. Devant moi, l'autel, le sang séché, et des vitraux tous plus beaux les uns que les autres. Je pose un genoux à terre, et je ferme les yeux.

* Père. Mère. Vous savez qui je suis. Ce que je suis. Vous savez pourquoi je viens à vous. Vous savez. Donnez moi la réponse à mes tourments. Ou donnez moi la force de retrouver ce qui a été perdu. *

Le silence m'aspire dans son néant, et j'attends. Car j'ai toujours eu les réponses à mes questions, ici. J'ai toujours été entendu. Mais mon oeil s'entrouvre malgré moi. Quelqu'un. Une aura très puissante. Serait-ce là ma réponse ? Je n'ai jamais eu peur, Démon des démons. Je ne fais qu'attendre. Dans un instant, je la verrai. Eraremeth. Je ne suis pas d'humeur, même si j'ai à lui parler. Pour sa vie, elle a tout interêt à ne pas faire de faux pas. Car je sens très distinctement la démangeaison dans ma main. Je ne saurais la retenir, si elle la tranche en deux...

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Eraremeth

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MessageSujet: Re: L'autel ensanglanté {Eraremeth}   Lun 24 Déc - 2:53

Lorsque tu sentiras le souffle chaud et rauque de l’Enfer caresser ta nuque, obéissant tu accepteras la 13ème condition. En Esod tu erreras, corps et âme…

Si il y avait bien une âme dans tout l’Esod qui fut la représentation même de cette condition, c’était sans aucun doute Eraremeth. Car, littéralement, elle « errait ». Lorsqu’on mène une existence aussi dissolue que la sienne, et qu’on s’est fixé pour seul but dans la vie de toujours céder à ses propres caprices, quels qu’ils soient, on ne peut que se perdre soi-même. Rien n’a plus la même saveur et les angles de vue changent ; le vice la guettait sans cesse, l’épiant, sur les bords de son monde rond et caverneux, et il n’attendait que la plus petite opportunité pour se manifester, prenant bien souvent le pas sur ce qui était sa conscience…inconsciente.
C’est pourquoi elle errait. Enfin, elle « dérivait » plutôt, s’égarant dans les couloirs interminables du Palais Infernal avec, à la main, une bouteille de son incontournable et plus fidèle compagnon: le rhum. La robe moirée et rutilante couleur magenta qu’elle portait renvoyait des reflets héliotropes dans la lumière déclinante. S’arrêtant soudain au beau milieu d’un corridor, la Démone s’accouda à une fenêtre ouverte et observa d’un air morne qu’on ne lui connaissait que rarement, les jardins qui étalaient leur péridot étincelant en contrebas. Son regard balayant l’horizon, en quête de n’importe quoi qui pourrait la sortir de l’état d’ennui profond dans lequel elle s’était fourvoyée, tomba soudain sur la Chapelle et un sourire étira la pulpe charnue de ses lèvres. Mue par un soudain sentiment de satisfaction, elle se redressa et reprit son chemin, les vrilles de ses cheveux prunes voletant dans son sillage.

Quand elle parvint au bâtiment en question, quelques minutes plus tard, Era passa sans s’arrêter devant ce qui était un chef-d’œuvre architectural mais qui ne constituait rien de plus pour elle qu’un élément du décor qu’elle voyait sans cesse depuis près de 8000 ans. En fait, elle n’aimait pas vraiment cet endroit, trop inconfortable et chiche à son goût. Comme certains étaient trop sobres pour apprécier le luxe, elle, y était trop habituée pour s’en passer. Ses mains de nacre se posèrent sur un des battants massifs couleur havane qu’elle poussa avec délicatesse, pénétrant sous la haute voûte du lieu si étrange et incompréhensible à ses yeux.
La Démone n’avait jamais su ce qu’était le recueillement et elle ne le saurait probablement jamais. C’est pourquoi elle ne voyait aucunement l’utilité d’un tel bâtiment. Il y avait bien longtemps, quand Esod commençait seulement à se peupler des Humains ramenés de la Terre, quand la sublime Capitale Infernale et les premiers Démons en étaient encore à leur jeune âge, on lui avait souvent parlé de Dieu…mais aujourd’hui, son concept semblait si lointain et effacé qu’il ne formait plus qu’une notion omniprésente mais floue dans son esprit.

Les bouquets de lumière disparates jaillirent devant ses prunelles acier. Aussitôt ses yeux se portèrent sur les vitraux qui émettaient ces halos spectraux, et les emblèmes qu’ils représentaient, ne formant pour Eraremeth rien de très symbolique, juste des chaos de lèvres, de nez, d’ossatures…de même que ces séraphins sclérosés dans la pierre qui ne seront jamais là que pour décorer un lieu vaste et vide…Le son de sa marche prosaïque résonna bientôt sous l’arche immense, tandis qu’elle s’avançait avec lenteur au milieu des rangées de bancs noirs, vides des fanatiques muets qui étaient sensés y être rassemblés, se dirigeant vers l’Empereur Infernal.
Le seul qu’elle aie jamais craint.
Le seul et l’unique, car tous les autres la faisait bien rire ; souvent personne n’osais ne serait-ce que lui adresser la parole et, dans sa parure de toute puissance, la Démone avait au cours de ces 8000 ans appris à faire fi du danger, n’y étant pas confrontée. Mais en la présence de Belzébuth, tout était différent. Il était de notoriété publique que le Premier des Démons avait le meurtre facile. D’ailleurs, sa réputation ne se limitait pas à cela. La suprématie, l’autorité incontestable, la cruauté incarnée ; les ornements de l’Empereur ne se comptaient plus. Cependant en ces temps actuels, sa main de fer qui avec la prépondérance du destin lui-même, avait toujours régit l’Enfer, commençait à se relâcher quelque peu. Et malgré qu’elle avait déjà assisté à cette scène par le passé, voir Belzébuth dans une église était une source de surprise supplémentaire pour Eraremeth qui se demanda si un jour une âme suicidaire allait enfin pouvoir dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas…

Enfin, en y réfléchissant bien, ce n’était pas si étonnant que cela. Quand on gouverne un empire pendant dix millénaires, la lassitude ne peut que survenir ; quand on trompe les autres, on finit aussi par se tromper soi-même ; peut-être que, tout comme elle, Belzébuth était aussi égaré. Bien qu’il soit entouré de beaucoup de gens…bien qu’on l’appelle « Seigneur »…il avait toujours l’air ennuyé. Era pensa que, le Démon et elle, se ressemblaient dans une certaine mesure. Ils se ressemblaient…par ce qu’ils cherchaient.
La Démone parvint enfin devant l’autel couvert d’hémoglobine séchée, vestige du précédent sacrifice humain, et elle huma l’opium des âmes en fermant les yeux un cours instant. Son regard se porta ensuite sur l’Infernal, hésitant une demi seconde sur l’attitude à adopter. Avec le temps, elle avait appris à faire preuve de prudence et éviter les déconvenues. Par ce fait, elle enviait Azazel qui, elle, avait beaucoup plus de pouvoirs.


"Mes salutations, Belzébuth" déclara finalement Eraremeth avec son habituelle voix suavement incontrôlée. "Je te dérange ? Si c’est le cas, je peux repartir, mais si je ne m’abuse tu voulais me parler."

Avec mille précautions, comme si elle avait peur d’abîmer le bois, la Démone s’assit sur le même banc, ni trop près ni trop loin. Assise, elle se sentit tout à coup beaucoup plus petite. Eraremeth était une grande femme, son mètre 75 lui conférant bien souvent la possibilité de voir par dessus tous les autres, mais lorsqu’elle se trouvait à côté de Belzébuth et sa carrure incomparable, ce sentiment disparaissait aussitôt. Ravalant sa nature impatiente dans une sage précaution, elle s’installa le plus confortablement possible et attendit en silence que le Démon lui réponde.
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Belzébuth

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MessageSujet: Re: L'autel ensanglanté {Eraremeth}   Lun 24 Déc - 4:54

Mon instinct est infaillible. Et c'est sans surprise aucune que j'entends les pas d'Eraremeth résonner derrière moi. Elle me dérange. Cette chapelle a la réputation d'être le lieu le plus vide du palais, et même de tout Esod. Nulle âme démoniaque n'y trouve le moindre interêt. Personne n'y entre, et rien ne s'y passe. Desertée, oubliée, comme occultée par l'indifférence générale, cette demeure du Malin reste là, silencieuse, plantée solidement dans l'immensité des jardins... Mais non. Au moment précis où j'ai voulu profiter du calme et de la solitude, elle vient sciemment couper court à mes pensées. La petite salope insolente. Je vais la rosser. Quoique... Je dois lui parler, même si son incroyable façon de venir troubler ma prière est hallucinante de bêtise. Ou bien peut-être est-elle suicidaire. Mais elle est trop intelligente pour cela. Non. Elle sait que l'endroit calme mes nerfs. Je n'ai d'ailleurs déjà plus aucune envie de l'étriper. Après tout, Père et Mère me regardent. Que penseraient-ils d'un démon qui tue son propre valet, sans raison ni témoins ? Inutilement pour ainsi dire. Non. Je vais la laisser vivre...

Mes pensées, alors qu'elle s'avance, vagabondent encore un peu. Je les sens, près de moi. Ils ne peuvent me comprendre. Je ressens l'absence de réponse, qui en soit est la réponse à ma question. Ils ne savent que me dire. Ils n'ont pas ma faiblesse. La faiblesse du temps qui use et ronge tout. Même la fougue. Quoi que je ne me suis pas trop mal débrouillé. Dix mille ans... Eraremeth m'a rejoint à présent. Je me retiens, autant que possible, de ne pas me relever dans un râle pour la trancher en quatre. Je vais y arriver... Je suis calme. Elle n'est rien. Elle n'est rien... Ma main se détend peu à peu, j'en tremblerais presque... Elle m'enerve à me regarder de haut, moi qui suis encore agenouillé. Je me relève lentement, tandis qu'elle va s'assoir. Très lentement. Je ne tiens pas à laisser à mon corps la moindre occasion de sauter sur la brebis qui à ma droite attend d'être saignée. Je suis à présent droit, et je regarde l'autel. Eraremeth me parle... Familièrement. Je suis magnanime, et je lui pardonnerai, parce qu'elle ne pouvait pas savoir. Après tout, mes apparitions sont si rares que mes propres conseillers ne savent guère comment me parler lorsqu'ils me voient.

- Tutoie moi encore et je te tranche les lèvres, Eraremeth.

Ma voix est tout ce qu'il y a de plus normale. Sourde, noire, grave et surnaturelle.

- Maintenant que tu m'as dérangé, si tu oses en plus repartir, je te jure que je t'arrache les bras et les jambes.

Telle une mouche qui vient vous tirer du sommeil puis s'en va, l'air de vous avoir nargué, sa proposition me paraît aussi conne que décidemment suicidaire. A-t-elle vraiment décidé de mettre un terme à son existence ? Mais après tout, qui ne met pas presque assurément fin à sa vie en venant m'affronter, moi ? Il faut être définitivement lobotomisé pour venir à moi sans peur. Je me frotte un sourcil du bout de l'index. Tout ça me fait mal à la tête. Et je peux sentir dans son regard une estime plus basse qu'elle l'avait été. Cela est purement inconcevable. Il faudra que je songe sérieusement à dresser cette petite présomptueuse avant qu'elle ne sorte d'ici. Belzébuth est la mort. Fatigué ou non. Et personne ne saurait me regarder sans l'oublier. Autrement, eh bien... C'est à moi de leur rappeller à même la chair ce que les autres doivent penser. A présent, mon aura pique autour de moi comme une infinité d'aiguilles effilées. Il ne sera vraiment pas dans son interêt de continuer dans la voie de l'insolence, et elle peut le sentir. En ce moment, son ventre doit se glacer et sa tête tourner. C'est toujours ainsi... Lorsque le Mal est agacé.

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MessageSujet: Re: L'autel ensanglanté {Eraremeth}   Mer 26 Déc - 1:40

Mais qu’est-ce qu’elle fichait là ? Finalement, elle avait eu tort. Tort de ne pas, pour une fois, passer outre son ennui et rester tranquillement au Palais afin de se faire un ou deux esclaves et de noyer sa dérive dans l’alcool. Tort de ne pas savoir résister à ses propres envies qui l’avaient poussées à se faire peur. Tort de chercher volontairement les ennuis en allant au devant d’eux. Tort de rentrer dans cette foutue Chapelle où elle n’avait guère mis les pieds que trois ou quatre fois en 8000 ans d’existence, et au moment précis où l’Infernal, la seule âme à ne pas croiser pour sa santé personnelle, allait y faire la chose la plus invraisemblable compte tenu de sa personne: se recueillir…
Eraremeth, à l’instar de Belzébuth, n’était plus la même qu’avant. Jadis, quand elle était encore jeune, quand Esod venait d’être bâtie et commençait seulement à se peupler des Humains ramenés de la Terre, elle avait atteint son paroxysme de vie, elle n’avait peur de rien, et elle se croyait au moins aussi grande que le monde. Ses pouvoirs s’affirmaient, elle contrôlait autant qu’elle jouissait, et la Démone trouvait ça exaltant ; la mort était alors si belle, si magnifique dans sa traînée écarlate ! Elle ressemblait si bien à une éternité emblématique, elle cueillait des fruits si mûrs, qu’elle en était devenue comme jeune et que personne ne croyait plus à l’errance. Et puis on avait vu l’Empereur Infernal bâtir de ses mains l’Enfer tout entier ; une vie de promesses s’offraient à Era…mais maintenant…tout était différent.

Maintenant, elle avait compris que suivre ses envies sans jamais leur imposer de limites ne pouvait que la conduire inéluctablement à la mort, ne serait-ce qu’avec Belzébuth. Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher de tromper l’ennui en s’aventurant sur des sentiers fallacieux…ce qui l’avait conduite à entrer dans cette Chapelle, lamée d’une nitescence sanglante dispensée par les vitraux, qui faisait briller l’éclat de ses prunelles acier comme un feu sauvage et inassouvi. Elle grimaça avec discrétion, de façon presque imperceptible ; aïe, un faux pas. Bon, il faudrait maintenant avancer en redoublant de précautions car le chemin était truffé de mines. Le « tu » ne lui avait pas plus, et cela souleva une autre question dans l’esprit d’Eraremeth ; le Souverrain Infernal semblait également plus sur les nerfs qu’auparavant.
Malgré ses bonnes résolutions, la Démone mit une nouvelle fois les pieds dans le plat et elle estima comme un miracle le fait de ne pas reposer sur le sol hachée menue à l’heure qu’il est. Encore une connerie et elle finirait aussi inerte que cette tâche d’hémoglobine séchée sur l’autel devant eux. Songeuse, elle s’imagina sans bras et jambes en pensant qu’elle ferait un beau buste, puis s’inclina et déclara avec docilité:


"Certes…pardonnez moi, Seigneur Belzébuth…"

Dans une certaine mesure, elle avait eu raison de choisir la Chapelle comme endroit pour aborder l’Empereur car elle n’aurait pas pu supporter une telle entrevue en public. L’insouciante Eraremeth, royale et flamboyante, ne ployant devant rien…La brûlante Eraremeth, toujours porteuse d’un sourire absent…la hautaine Eraremeth, qu’on connaissait toujours altière et satisfaite, et qui n’avait comme faiblesses que larmes et rage, qu’elle n’éprouvait jamais…Pleurs…haine…rabaissée, réduite à néant, à moins qu’une pute soumise, humiliée et courbée avec résignation…tout ce qu’elle détestait.
Il lui paraissait inconcevable que la Dame Azazel puisse s’en tirer à si bon compte. Pire, elle semblait même être la seule âme de tout l’Empire qui ne redoute pas Belzébuth. Avait-elle tant de ruses ou tant d’attraits ? Era n’en tira, après réflexion, qu’une conclusion: elle l’avait tout bonnement sous-estimée. Quant à elle, sa propre superbe était devenu quelque chose de très surfait.
La Démone laissa pendant pas mal de temps un silence planer dans la Chapelle, le temps pour Belzébuth de calmer la colère qui était en lui, car elle la sentait bien évidemment ; l’aura de l’Infernal débordait, se gondolait comme une lentille optique, tandis qu’Eraremeth se sentait de plus en plus mal, mais supportait ces tourments sans broncher. Enfin, elle osa:


"J’ai ouïe dire, Seigneur, que vous souhaitiez me parler…"
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Belzébuth

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MessageSujet: Re: L'autel ensanglanté {Eraremeth}   Lun 14 Jan - 21:12

Le souverain infernal toisa la belle un instant, avant que son regard ne s'enfuisse à nouveau dans le brouillard grisâtre de ses rêves secrets. Il pouvait sentir que Ceux qu'il avait appellé tentaient de l'imprégner d'une solution toute proche, au bout de ses lèvres, simple comme un exercice de calcul dont il lui aurait manqué un chiffre. Autour d'eux, la poussière insignifiante volait doucement. L'édifice tout entier était parsemé de la douce poudreuse sale et noire, qui fleurait bon les flammes des bas fonds. Son envie de la lacérer d'entailles empoisonnées par ses griffes ne l'avait toujours pas quitté. Et il se sentait débordé par les fantômes de son inconscience qui le sommaient de laisser aller cette fausse querelle afin de se préoccuper de ce qu'il désirait vraiment : Regagner la fougue qui lui faisait actuellement défaut. Les secondes passèrent ainsi. Trois, ou quatre, avant qu'il ne choisisse de donner suite à la discussion ô combien ennuyeuse que sa sous fifre avait cru bon d'engager. A présent, il se fichait de savoir pourquoi, comment, ou le reste. Elle devait partir au plus vite, afin qu'il puisse de nouveau faire le vide en lui et écouter les esprits qu'il sentait encore tous proches. Ils étaient là, aux bords de ses oreilles attentives, insinués dans sa tête comme des parasites révélateurs d'une vérité perdue. Et c'était eux qu'il voulait entendre. Pas cette petite garce dont il ne supportait pas la vue. Pas plus d'ailleurs qu'il ne supportait la vue de quelque créature vivante que ce soit à qui il reste une parcelle de faiblesse. Oui, désormais, il se haïssait lui aussi.

- Demain, minuit, réunion du conseil. Je te charge d'en informer les autres, Eraremeth. Je veux chaque membre cloué à son siège quand j'entrerais, et je te tiendrai pour responsable du moindre absent, avec la décapitation et autres détails inhérents à un tel affront.

Sa voix était nette, forte et grave. Et son regard était plus implacable que jamais. Son aura, véritable essaim de guêpes tueuses collées à la peau de son interlocutrice, n'avait pas cessé de s'amplifier, et était devenu logiquement insoutenable, dans le but de provoquer le départ désiré de l'intruse qu'il aurait tout aussi bien pu prendre par les cheveux et jeter vers la porte. Mais il ne voulait pas de tels procédés en des moments pareils. Aussi, il attendit qu'elle acquiesse pour partir, aller vomir quelque part dans les jardins... Le seigneur leva les yeux, orbites enchantées par le spectacle de ses parents sculptés dans la roche au dessus d'eux, dans des renfoncements créés spécialement pour ces statues gigantesques, et osa un léger sourire sadique. Il la sentait... La solution. Elle venait à lui comme un vassal toque à la porte de son roi bien aimé. Et elles étaient sanglantes, oh, il en était certain. Pourquoi changer les bonnes vieilles habitudes ? Ses réponses se forgeraient dans le sang de ses vitcimes agonisantes. Oui, mais qui ? Qui devait il donc tuer pour retrouver l'objet de son désir ? Qui devait il détruire ? Combien de vies ? Combien de mondes ? Il était prêt à tout annihiler, pourvu qu'il retrouve l'état de grâce d'antan. Tout et son contraire, et bien plus encore. Et alors Belzébuth sentit son sang bouillir dans ses veines... Lorsqu'il entrevit sa précieuse réponse. L'entente à son appel désespéré. Ses mains se serrèrent en deux blocs de marbre puissant, et ses dents claquèrent comme celles d'un jaguar debout sur sa proie gisante. Il savait qui tuer. Il savait comment faire. Son aura n'avait jamais autant refleté la noirceur diabolique de son âme damnée.

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MessageSujet: Re: L'autel ensanglanté {Eraremeth}   Mer 16 Jan - 0:38

Pour quelqu’un comme Eraremeth, qui avait toujours était habituée à un environnement bruyant, agité et baroque, dégorgeant outrageusement de luxure et d’alcool, la Chapelle était un endroit des plus singuliers et elle avait hâte de s’en aller. Son immensité meublée de silence oppressant, sa parure d’incompris au sein de l’Enfer ; autant d’échos qui n’étaient pour elle ni familiers, ni particulièrement agréables. Surtout pas avec la présence de l’Empereur à ses côtés, dont l’aura débordait et ondulait telle une entité à la férocité sans égale à la recherche de sa proie. Une goutte de sueur perla sur son front et se perdit dans une mèche de cheveux cramoisis qui barrait son visage. Se pouvait-il vraiment que lui, le Démon parmi les Démons, soit inspiré par une prière adressée aux divins ? Après tout oui, peut-être. Elle même était sans doute si pourrie de vices qu’elle était convaincue de n’y jamais parvenir, même si elle essayait ; Belzébuth avait eu, lui, au moins le mérite de bâtir quelque chose de ses propres mains. Quels étaient ses exploits, à elle ? Sans s’en rendre compte, la Démone sentit une pointe de dépit l’envahir, sentiment qu’elle n’avait pas éprouvé depuis tellement de temps qu’elle mit quelques secondes pour l’identifier. Oui, elle l’enviait, même si elle aurait été malade de l’avouer.

Ô que le temps passait lentement…les secondes s’égrenaient dans un silence de mort. Eraremeth attendit pourtant calmement, prenant son mal en patience et tentant presque en vain d’ignorer l’appel au secours de son fessier délicat qui commençait à sérieusement regretter le petit séjour sur les bancs froids et inconfortables de la Chapelle, alors que n’importe où ailleurs un petit fauteuil moelleux pouvait passer à sa portée. Sa grande existence de luxure, de sexe, d’ennui et de boisson l’attendait bien sagement, avec ses ébats surviciés, et ses jouissances, et ses intrigues interlopes qui ne cessaient jamais de constituer son quotidien en s’abattant sur elle toujours du même côté, avec leurs lots de surprises miteuses et vagues…rêve ou Enfer ? Autant se lancer à cœur perdu dans une cause qui, elle au moins, donnerait un sens à son existence, pensa t-elle en haussant mentalement les épaules. Comme Belzébuth. Quitte à regretter un peu plus tard la gloire passée.

Alors qu’elle ne l’attendait plus, la réponse de l’Infernal vint, retentissant en légers échos successifs sur les grands murs vides. Le lendemain, à minuit…réunion du conseil…Cette perspective évoqua en elle une satisfaction relative ; Era allait pouvoir discuter le bout de gras avec les autres membres du Comité, certains étant somme toute plus sociables que l’Empereur qui ne supportait la vue ni des uns ni des autres. Même si elle y avait été habituée, sa réponse encore une fois avait été des plus sèches et menaçantes. Toujours la même hégémonie écrasante et coercitive, toujours les mêmes réactions cyclothymiques ; dans ces conditions, il n’était pas étonnant que 8000 ans vous aie crevés d’ennui comme un rat mort.


"Bien, Seigneur, ce sera fait" répondit-elle d’une voix parfaitement lisse et neutre en s’inclinant devant le Démon du mieux qu’elle le put.

En effet sa douleur était devenue si forte qu’elle sentait cruellement à quel point il était l’heure de partir. De minuscules aiguilles empoisonnées s’enfonçaient en permanence dans sa chair, lui faisant serrer les dents à s’en décocher la mâchoire. Au moment où elle se levait, Eraremeth sentit pourtant une fluctuation presque imperceptible dans l’étreinte que l’aura infernale exerçait sur elle. Que s’était-il passé ? Belzébuth n’avait pas bougé d’un cil et elle doutait que ce subit changement ne soit encore une augmentation de la colère dirigée contre elle. Non, c’était autre chose ; mais, à mille lieux de savoir ce qui ce tramait dans l’esprit du seigneur, elle se garda bien de manifester le moindre signe extérieur de curiosité et s’inclina une dernière fois devant lui en murmurant d’une voix hachée:


"Je vous souhaite une bonne fin d’après-midi…"

Juste une formule de politesse avant de partir, et hop ! Autant ne pas s’éterniser ; en plus il y avait de grandes chances que Belzébuth ne l’aie même pas entendue. Eraremeth parcourut la longue allée bordée de bancs, ses pas résonnant dans l’église tandis qu’elle essayait de mesurer sa démarche pour que celle-ci ne paraisse pas trop rapide. C’est avec soulagement qu’elle constata que la distance croissante diminuait peu à peu sa douleur physique. Enfin sortie du bâtiment, elle regarda furtivement si il n’y avait personne qui traînait alentour et piqua un sprint vers le bosquet le plus proche.
Quelques minutes plus tard, la belle avait retrouvé toute sa superbe et s’élançait d’une démarche gracieuse dans l’allée de graviers. Demain, à minuit. Peut-être que d’ici là elle aurait eu vent de ce que Belzébuth avait « découvert » aujourd’hui. Et si ce n’était pas le cas…alors, il n’y aurait peut-être pas de solution du tout. Le déclin serait progressif mais irréversible et marquerait le début d’une nouvelle ère. Avoir tenu pendant 10 000 ans était déjà un exploit digne de l’Empereur Infernal. Cependant, résistance ou pas, Opale ou pas, le pouvoir ne reste jamais trop longtemps sans changer de main. Les oppressés finissent toujours pas se soulever et obtenir gain de cause. Et le jour où elle sentirait la cavalcade de la révolte arriver de loin, il lui faudrait réveiller ses vieux réflexes…car elle était aussi dans la ligne de mire.
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